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J'ai toujours eu peur pour Zidane.
Pas eu peur pour Platini, ni pour Lizarazu, ni pour Ronaldo. Mais pour Zidane, oui. Depuis presque dix ans que cette inquiétude dure, dix ans d'adoration collective, dix ans durant lesquels le chiffre dix lui-même a accédé à un prestige , à une gloire inégalés, imprimé sur tous les maillots, tous les drapeaux, chiffre dix héros des cantines et des cours de récré, je me fais du souci. Mes amis les spécialistes du foot, dans leur langage souvent obscur pour les non-professionnels, tentent de me rassurer. Zidane est un grand garçon - c'est même désormais un préretraité- et les grimaces de douleur que je crois lire sur son visage, les éclairs de dégoût que je devine dans ses yeux verts, je les invente. Il est le dieu des Français, leur modèle, le grand frère des minots de Marseille à Roubaix. Une icône de la France qui change, et qui gagne. Un pour tous, tous pour un. Notre d'Artagnan. Moi, je pense à Clovis, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré, au pouce tourné vers le bas qui incarne le vae victis, je pense que les foules sont versatiles, et que les taiseux font de bons boucs émissaires. C'est cela, c'est le silence de Zinedine Zidane qui m'a toujours fait frémir. Ce silence qu'on dit arrogant, et que je trouve élégant. L'élégance a toujours été dangereuse. Tais-toi donc, tu n'as jamais rien compris au foot me disent mes amis les spécialistes de foot, moi, j'essuie les verres pendant les arrêts, j'ai bien trop à faire pour me disputer. Geneviève Brisac
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