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Ma semaine sainte samedi 31
Mars Nous sommes allés prendre
un café avec Christian Thorel.
Il tombait sur Toulouse une petite pluie glaciale, j'avais du temps avant de filer prendre mon train pour Bordeaux. Entre deux bouchées de croissant, il m'a raconté son rêve. Il avait posé ses lunettes sur la soucoupe. C'est incroyable m'a t-il dit, j'ai rêvé de Nicolas Sarkozy. Je suis facilement épatée par les rêves des autres. Là, j'étais bluffée. Il prenait un taxi. Le chauffeur tournait la tête, c'était Nicolas Sarkozy. Argghhh. NS conduisait à toute vitesse, mais chaque fois, une pancarte : voie sans issue. Et puis boum, le taxi, son chauffeur et son passager partaient dans le mur. J'ai frissonné, victime d'un mélange de crainte et de climatisation. J'ai préféré rejoindre la gare à pied. Sur les murs de l'avenue, de grandes affiches annonçaient un nouveau film, le titre m'a étonnée, il semblait que cela fût : Pas de cul. Un peu plus loin, une autre affiche, avec la même image annonçait : Pas de fric. Cela m'a laissée perplexe. Deux titres aussi poétiques pour un seul film, j'ai décidé d'élucider ce mystère au plus vite.
Le train a démarré. Mon téléphone a sonné.
Ces corrélations mystérieuses sont fréquentes.
C'était Béatrice, je l'ai reconnue à son rire.
Elle m'a annoncé triomphalement qu'elle était victime
de la maladie de la souris. C'est une maladie due à un abus d'ordinateur.
Trop cliquer nuit. Je lui ai lu un texte de Duras qui répond
à ce problème. J'aime qu'il y ait dans les livres des
solutions à nos soucis de tous les jours.
Duras dit la chose suivante : " On est mal sur une table ronde, les coudes ne reposent pas, et on ne peut pas les appuyer pour se reposer d'écrire, et quand on écrit, ils sont dans le vide, on ne s'en aperçoit pas tout de suite, on se dit : je ne sais pas ce que j'ai, je suis fatigué, c'est à cause des coudes qui ne reposent pas sur la table. " On ne pense jamais à reposer son coude, tout est là. En matière d'ergonomie, comme en bien d'autres domaines, la littérature peut être d'un grand secours. Dimanche 1 Avril Des écureuils au Luxembourg Après une semaine à
vous dégoûter des menaces de réchauffement climatique,
il s'est enfin mis à faire beau. Les gens agitaient sur le boulevard
leurs petites branches de buis comme si c'était de l'olivier
et l'âne du jardin du Luxembourg faisait le malin. Le jour des
Rameaux est un jour où il convient d'honorer les ânes,
si mes souvenirs sont bons. C'est ce que j'ai dit à Kéthevane,
tandis que nous slalomions de conserve entre les cardio-poussettes,
et les joggeurs fous. Le jardin du Luxembourg ressemble chaque année
davantage à Central Park. Il y a même, en fond sonore,
ce nouveau bruit parisien, la sirène policière qui ne
cesse jamais. Lundi 2 Avril.
Début de la semaine du développement
durable. Et premier jour de Pessah, la Pâque juive. Cela peut
sembler sans rapport. Erreur ! Pessah est une fête très
intéressante. Toutes les fêtes sont intéressantes
pour qui connait leur histoire mais Pessah l'est particulièrement.
C'est une fête où l'on raconte une histoire aux enfants.
L'histoire de la sortie d'Egypte du peuple juif. Le souvenir prend plusieurs
chemins. Le premier qui n'est pas le moins important est la symbolique
de ce que l'on mange. Le pain azyme et les herbes amères. Le
pain azyme, aussi appelé galette ou matsa, est plat, il n'a pas
eu le temps de lever, car il a fallu partir vite, quitter l'Egypte en
une nuit. Manger du pain azyme c'est se souvenir que parfois, on n'a
pas le temps de s'attarder. C'est aussi s'identifier à tous ceux
qui, parfois, n'ont pas le choix et doivent s'exiler sans prendre le
temps de faire lever le pain, ou de remplir des valises. Remplir sa
bouche d'herbes amères, pour ne pas oublier le goût, l'amertume
des jours difficiles. Se souvenir passe par des sensations. Mardi 3 Avril. Mercredi 4
Avril. .....est une des phrases
les plus inquiétantes qu'il soit donné d'entendre. L'exemple
même de la rhétorique post-moderne. La voix remercie d'avance
pour un sentiment que vous ne risquez pas d'éprouver car vous
êtes sur le point de rester dix-huit heures dans un aéroport,
sept heures dans un wagon de train sans fenêtres échoué
au milieu d'une plaine inconnue, ou, et c'est mon cas, plusieurs heures
pendue au téléphone dans l'espoir fou de réanimer
la livebox, si bien nommée que j'ai eu la faiblesse de faire
entrer dans ma vie.
Pauvre idiote ! Plus rien ne marche dans la maison. Nous sommes séparés du monde. C'était le cas avant, mais nous ne le savions pas. La voix assure qu'un conseiller va bientôt prendre les choses en main. Nous vous prions de bien vouloir patienter, une opératrice et caetera. Mes nerfs vrillent. Une pensée émue pour Antonin Artaud. Un spécialiste est en route. C'est le secteur, l'orage, la ligne, le câblage, défibrillez l'arobase, bip-bip.Bip-bip. Biiiiiiiiiiiip. Nous avons été coupés. Vienne la nuit, sonne l'heure, les jours s'en vont, je demeure. Et Wanadoo s'en fout. Les livres, le papier, les stylos, nos vrais amis, me dis-je. Et je décide d'acheter des timbres, pour la première fois depuis bien longtemps. Sarkozy aime les gens
qui se lèvent tôt. Le monde appartient à ceux qui.
Se lever tôt, tout est là. C'est la douzième fois
qu'il le répète devant une salle agacée mais respectueuse.
Il y a là des centaines de femmes invitées à SciencPo
par le journal Elle à rencontrer tous les candidats à
la présidence de la République. Geneviève Brisac
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