Et toute chose se retourne en son contraire .......

Il y a quelques mois, tout le monde semblait d'accord pour reconnaître que la candidature d'une femme à la magistrature suprême ne posait plus aucun problème. Merkel et Bachelet démontraient chaque jour qu'une femme est un homme comme les autres. Puis petites phrases et grands paragraphes d'une agressivité stupéfiante se sont enchaînés. On avait ouvert la boîte de Pandore du mépris misogyne. Ce n'est pas une boîte, c'est une malle au format colonial, un bagage écrasant.

J'entends tous les jours des commentaires qui sont du niveau de ce que les hommes se racontent - m'a t-on dit- dans les vestiaires du club de sport. Et ce qui me sidère, c'est de les voir si contents d'eux-mêmes. Je ne m'attendais pas du tout à ce que la société française soit si peu évoluée, si peu mixte, si peu civilisée. Dans le privé, pourtant, les hommes apprécient les femmes intelligentes avec lesquelles ils peuvent échanger des idées.

Jamais vous n'entendrez quelqu'un fantasmer sur la supposée sexualité d'un candidat, mais que n'entendons-nous pas sur les femmes candidates. Ça me dégoûte. Je ne connais pas Ségolène Royal, mais je me sens personnellement humiliée par ce qui se dit sur elle aujourd'hui. Ses vestes et ses robes font l'objet de commentaires permanents, elle porte des talons ou elle n'en porte pas, elle met des bas, elle n'en met plus, elle pourrait quand même adopter le bon vieux tailleur pantalon, le blanc ne lui va pas, le rouge est agaçant, le noir est noir, le bleu chichiteux. Je suis scandalisée de voir cette femme sans cesse attaquée sur sa personne, son apparence. Dans la bonne humeur générale. Le consensus enfin trouvé.

Quand elle promet que sa première action consistera à combattre les violences envers les femmes, j'applaudis. Et que l'on ne me réponde pas qu'il y a déjà des lois pour cela, Il s'agit de volonté politique et pas de lois.

Tout ce que l'on dit sur elle, sa voix, ses cheveux, ses boucles d'oreille, sa syntaxe, ses bourdes, son entêtement, son sens de la compassion ou sa dureté, est énoncé pour la délégitimer, pour montrer qu'elle n'a pas sa place à la tête de l'Etat.
Le plafond de verre va faire ses preuves une fois de plus.
Il n'y a pas d'autre explication à l'amour qui entoure désormais François Bayrou, pas d'autre explication à l'élan qu'il suscite. Il l'a dit, je crois : sa masculinité est reconnue de tous.
Royal est intelligente, compétente, déterminée. C'est exactement ce qui exaspère. Dans et hors le parti socialiste. J'entends des jeunes hommes dire: "Elle va nous mettre au coin, on ne pourra plus rigoler." Ah bon ? Pourquoi ? Ils ont peur. Ils ne savent même pas de quoi. Ils méprisent. La peur et le mépris sont justement les deux sentiments qui définissent le racisme, et moi j'ai l'impression vexante de vivre dans un pays attardé.
Il fut un temps où l'on disait : " le privé est politique ". Comme toute chose, toujours, se retourne en son contraire, aujourd'hui, le politique est réduit au sentiment privé, au caprice individuel, au j'aime/ j'aime pas, au consumérisme et à la frivolité.
Des hôpitaux ferment, nous parlons de jupes.

Geneviève Brisac.

 

Réponse de Sophie Cherer

Oui, demandez-vous comment elles sont vêtues dans leur cercueil et comment sont coupés leurs cheveux, les 90 femmes qui meurent chaque année sous les coups de celui qui a prétendu les aimer ?

A part ça, Ségolène Royal devrait cesser de quêter l'approbation des vieux cons du PS, que je me refuserai toujours à appeler des éléphants, et comprendre que l'espoir qu'elle a suscité, ils l'éteignent par le vice de leur seule présence. Les vrais éléphants, eux, savent se noyer dans les lacs quand ils ont fait leur temps...